28
Entre la maison et l’étable se trouvait un tout petit potager planté d’herbes de cuisine. C’est là que j’aperçus la veuve Esther, chaussée d’une seule pantoufle, tenant l’autre à la main, fort occupée à la taper furieusement contre le sol. Curieux, je m’approchai et vis qu’elle était en train d’écraser un gros scorpion. Dès qu’elle l’eut réduit en bouillie, elle se déplaça et retourna un rocher. Un autre scorpion rampa paresseusement en vue, et elle l’abattit de la même façon sans pitié.
— C’est la seule façon de procéder avec ces sales bestioles, m’expliqua-t-elle. Ils sortent marauder durant la nuit, lorsqu’il est impossible de les voir. La ville en est infestée, j’ignore pourquoi. Mon défunt mari Mordecai – alav ha-shalom – avait coutume de marmonner que Dieu avait pitoyablement agi en envoyant des sauterelles sur l’Egypte, alors qu’il aurait parfaitement pu expédier ces scorpions venimeux de Kachan.
— Votre mari devait être un homme bien courageux, Mirza Esther, pour oser s’en prendre à Dieu Lui-même.
Elle éclata de rire.
— Relis tes Ecritures, jeune homme. Tu y découvriras que, depuis Abraham, jamais les juifs ne se sont refrénés pour donner leur avis et récriminer au besoin contre Dieu. Dès le livre de la Genèse, on découvre Abraham en train de marchander avec lui ! Mon Mordecai, qui n’avait pas plus froid aux yeux que lui, ne se gênait pas pour ergoter sur les agissements divins quand il le jugeait utile.
— J’ai eu un ami, dans le temps..., confiai-je. Un juif. Il s’appelait Mordecai.
— Tu étais ami avec un juif ?
Elle semblait sceptique, mais difficile de savoir si elle doutait qu’un chrétien pût se prendre d’amitié pour un juif, ou le contraire.
— Eh bien, expliquai-je, il était juif la première fois que je l’ai rencontré, lorsqu’il se faisait appeler Mordecai. Mais il semble que je l’aie revu depuis sous d’autres noms et d’autres traits. Il m’a même rendu visite dans un rêve !
Et je lui donnai des détails sur ces différents contacts qui concouraient apparemment tous à me mettre en garde contre « la beauté assoiffée de sang ». Tandis que je lui exposais cela, la veuve me fixait en silence, les yeux agrandis. Quand j’achevai, elle déclara :
— Bar mazel, et tu es un gentil[26] ! Quel que soit le message qu’il essaie de te transmettre, je te conseille de le prendre au sérieux. Sais-tu qui tu as rencontré, à chaque fois ? Sans doute l’un des Lamed-Vav. Les Trente-Six.
— Les Trente-Six quoi ?
— Les Tsaddikim... des sortes de saints, comme vous les qualifieriez sans doute, vous chrétiens. Il y en a toujours le même nombre sur la surface de la Terre, des hommes à la droiture sans faille. Personne ne sait jamais qui ils sont, et eux-mêmes ne sont même pas au courant qu’ils sont des tsaddikim. Sinon, vois-tu, le simple fait d’intégrer cette donnée jetterait une ombre sur leur perfection. Mais ils arpentent le monde sans arrêt, accomplissant de bonnes actions, sans récompense ni reconnaissance particulière. Certains prétendent que les tsaddikim ont la vie éternelle. D’autres affirment que lorsque l’un d’eux meurt, aussitôt Dieu en nomme un autre pour le remplacer sans que celui-ci sache qu’on vient de lui faire cet honneur. D’autres encore proclament qu’il n’y a en réalité qu’un tsaddik qui, doué d’ubiquité, peut se trouver à trente-six endroits en même temps s’il en décide ainsi. Mais tous s’accordent à penser que Dieu mettrait fin à ce monde si les Lamed-Vav cessaient d’accomplir leurs bonnes actions. Je dois avouer, cependant, que jamais je n’avais entendu dire qu’il pouvait agir ainsi en faveur d’un gentil.
— Celui que j’ai rencontré à Bagdad aurait fort bien pu ne pas être un juif. C’était un fardarbab, un diseur de bonne aventure. Il avait tout l’air d’un Arabe.
Elle haussa les épaules.
— Les Arabes ont la même légende. Ils appellent ces hommes justes les abdal. Seul Allah connaît leurs identités à tous, et l’existence du monde, comme chez nous, est suspendue par Allah à leur action bienfaisante. J’ignore si les Arabes ont copié leurs abdal sur nos Lamed-Vav, ou si cette croyance commune remonte aux temps anciens où nous étions tous des fils de Sem. Mais quelle que soit l’identité de ces bienfaiteurs, jeune homme, qu’il s’agisse d’abdal assistant un infidèle ou de tsaddik aidant un gentil, c’est un grand honneur qu’ils te font, et tu devrais en tenir compte.
— Cependant, ils ne font que me parler de la beauté et de la soif de sang. Je fais déjà tout mon possible pour rechercher la première en évitant la seconde, autant que faire se peut, et je n’ai en définitive besoin d’aucun conseil en ce qui concerne la conduite à tenir là-dessus.
— Il me semble que ce sont les deux côtés d’une même pièce, souligna la veuve, frappant de sa pantoufle pour écraser un autre scorpion. S’il y a du danger dans la beauté, n’y a-t-il pas également une certaine beauté dans le danger ? Sinon, pourquoi un jeune homme comme toi voyagerait-il le cœur si léger ?
— Moi ? Oh, je ne voyage que par simple curiosité, Mirza Esther.
— Par simple curiosité, hein ? Écoutez-moi ça ! Jeune homme, ne déprécie jamais la valeur de cette passion que l’on nomme curiosité, tu m’entends ? Sans elle, songes-y, où serait le danger ? Où serait la beauté, également ?
J’avoue que j’avais un peu de mal à saisir le rapport qui pouvait exister entre ces trois termes, et je me demandai un instant si je n’étais pas en train de parler à nouveau à quelqu’un de légèrement divanè, dérangé... Je savais que les personnes âgées pouvaient être parfois merveilleusement décousues dans leurs propos. Celle-ci semblait dans ce cas lorsqu’elle reprit :
— Veux-tu savoir les mots les plus tristes que j’aie jamais entendus ?
Comme le font souvent les personnes de son âge, sans me laisser le temps de répondre par oui ou par non, elle poursuivit :
— Ce sont les derniers qui sortirent de la bouche de mon mari Mordecai – alav ha-shalom – alors qu’il était sur son lit de mort. Le darshan était là, prêt à officier, entouré d’autres membres de notre petite congrégation, avec moi, bien sûr, qui m’efforçais de pleurer dans la plus calme dignité. Mordecai avait fait ses adieux, il avait prononcé le Shema Yisrael et semblait prêt à accueillir la mort. Ses yeux étaient clos, ses mains jointes, et nous le pensions tous en train de s’éloigner doucement vers son dernier sommeil. Mais alors, sans ouvrir les yeux ni s’adresser à quiconque en particulier, il parla de nouveau d’une voix claire et nette. Et ce qu’il déclara...
La veuve me mima la scène. Elle ferma les yeux et joignit ses mains sur sa poitrine, tenant toujours dans l’une d’elles sa pantoufle douteuse. Courbant légèrement la tête, elle articula d’une voix sépulcrale :
— J’ai toujours rêvé de m’y rendre... et de le faire... mais je ne l’ai jamais fait.
Et elle conserva cette pose, dans l’attente évidente d’une réaction de ma part. Je ne fis que répéter les mots du mourant : « J’ai toujours rêvé de m’y rendre... et de le faire... » avant d’ajouter, spontanément :
— Mais de se rendre où, et pour faire quoi ?
La veuve rouvrit les yeux et me tapa de sa pantoufle.
— C’est exactement ce que répliqua le darshan après avoir attendu dans l’espoir d’en savoir davantage. Il se pencha sur le lit et demanda : « D’aller où, Mordecai ? De faire quoi, au juste ? » Mais Mordecai ne répondit rien car il était mort.
J’émis le seul commentaire qui me vint à l’esprit :
— Je suis désolé, Mirza Esther.
— Je l’étais aussi, crois-moi. Mais pas plus que lui ! Alors qu’il en était parvenu à sa toute dernière extrémité, il se lamentait soudain de ne pas être allé voir une chose qui avait un temps piqué sa curiosité, regrettait de ne pas l’avoir faite, ou eue, enfin... Et là, il sentait qu’il ne le pourrait jamais plus.
— Mordecai était-il un voyageur ?
— Non, rien d’autre qu’un marchand d’étoffe qui avait bien réussi dans les affaires. Il n’était jamais allé plus loin que Bagdad ou Bassora. Mais qui sait ce qu’il aurait aimé être et faire ?
— Vous pensez qu’il est mort malheureux ?
— Insatisfait, pour le moins. J’ignore absolument de quoi il voulait parler, mais Dieu ! comme j’aurais aimé qu’il aille de son vivant où il le souhaitait, qu’importe l’endroit, et qu’il y accomplît ce qu’il aurait aimé faire...
Je tentai de suggérer, avec tact, que peu lui importait tout cela, désormais. Mais elle répliqua fermement :
— C’est pourtant ce qui lui a importé au moment le plus important ! Lorsqu’il a senti que sa dernière chance le quittait définitivement.
Dans l’espoir de la soulager peu ou prou, j’ajoutai :
— Bien. Mais imaginons qu’il l’ait saisie, cette chance. Peut-être l’auriez-vous amèrement regretté, après tout ! Cela aurait fort bien pu être quelque chose... d’assez peu recommandable, par exemple. J’ai déjà eu l’occasion de me rendre compte que les tentations coupables ne sont pas rares dans ces contrées. Tout comme partout ailleurs, je suppose. J’ai moi-même dû un jour me confesser à un prêtre pour avoir suivi un peu trop librement le fil de ma curiosité, et...
— Confesse-le tant que tu voudras si c’est nécessaire. Mais ne le regrette ni ne le renie jamais ! C’est cela que je suis en train d’essayer de t’expliquer. Si un homme doit un jour commettre une faute, autant qu’elle soit issue de la passion, par exemple de son insatiable curiosité. Il serait tout de même dommage de n’être damné que pour une peccadille, non ?
— J’espère bien ne jamais être damné, Mirza Esther ! me récriai-je pieusement. Tout comme je pense que feu Mirza Mordecai ne l’a jamais été lui-même. Peut-être n’est-ce que par un effet de sa profonde vertu qu’il avait laissé échapper cette chance, si mystérieuse fut-elle. De toute façon, vous ne le saurez jamais, aussi n’est-ce pas la peine de pleurer...
— Je ne pleure pas là-dessus, jeune homme. Je n’ai pas abordé ce sujet pour faire jaillir mes larmes, tu sais.
Je me demandai pourquoi diable, alors, elle l’avait fait. Comme en réponse à ma silencieuse interrogation, elle poursuivit :
— Ce que je voulais que tu saches, c’est que lorsque vient le moment de mourir, tu peux avoir perdu tous tes désirs, tous tes sens et toutes tes facultés, tu auras toujours en toi cette passion de la curiosité. C’est une chose que même les marchands d’étoffe possèdent, au même titre sans doute que les simples commis ou autres travailleurs de peine. Un voyageur ne peut que l’avoir, lui aussi. Et dans ces derniers moments, ce qui vraiment te fera de la peine – comme à mon Mordecai –, ce n’est pas ce que tu auras réalisé au cours de ta vie, mais justement ce que tu n’auras pas réussi à faire.
— Mais enfin, Mirza Esther, protestai-je. Un homme ne peut passer sa vie à redouter d’oublier quelque chose ! Pour ma part, voyez-vous, je suis sûr de ne jamais être pape, ni même shah de Perse. Eh bien, j’ose espérer que cette lacune ne gâchera pas ma vie entière et ne me poursuivra pas comme un regret sur mon lit de mort.
— Il n’est pas question d’objectifs hors du commun ! Ce que Mordecai se lamentait de ne pas avoir atteint, c’est une opportunité qui se trouvait à sa portée, qu’il aurait parfaitement pu saisir et qu’il a pourtant laissé filer. Imagine-toi une seconde éprouvant un désir ardent pour les délices et les expériences que tu aurais pu vivre mais que tu as manquées... Même si ce n’est qu’une petite fantaisie, imagine-toi la regrettant lorsqu’il est trop tard et sachant qu’elle demeurera à jamais hors de portée !
Docile, je tentai de me figurer la scène. Tout jeune que je fusse, et pour improbable que je tinsse une telle hypothèse, je sentis une sorte de frisson me parcourir.
— Imagine-toi avançant vers la mort, continua-t-elle, implacable, sans avoir tout goûté de ce que peut offrir le monde. Le bon, le mauvais, même ce qui est indifférent. Et savoir, à cet ultime instant, que tout cela, tu t’en es privé toi-même à cause de ton propre excès de prudence, de ta pusillanimité à choisir, de ton incapacité à suivre tes inclinations profondes, à satisfaire ta curiosité intime, où qu’elle te mène. Dis-moi, en toute honnêteté, jeune homme : peux-tu concevoir, sur l’autre versant de la mort, une angoisse plus douloureuse que ce brûlant regret ? Penses-tu que la damnation serait pire ?
Le temps de me secouer du tressaillement que j’avais ressenti, je déclarai, aussi gaiement que je le pus :
— Ma foi, avec l’aide des fameux Trente-Six dont vous m’avez parlé, peut-être pourrai-je à la fois me priver en cette vie et être damné à la fin de celle-ci !
— Alav ha-shalom, répondit-elle.
Mais tandis qu’elle écrasait d’un coup sec un autre scorpion en disant cela, je me demandai si ce n’était pas à moi plutôt qu’à la bestiole qu’elle souhaitait ainsi la paix éternelle.
Elle redescendit au jardin pour retourner les pierres, et, désœuvré, je me dirigeai vers l’étable afin de voir si l’un ou l’autre de mes compagnons était rentré de sa balade en ville. L’un d’eux était là, en effet, mais pas seul. Sa vue me prit de court et me coupa le souffle.
Notre esclave Narine s’y trouvait en compagnie d’un étranger, l’un de ces somptueux jeunes hommes de Kachan. Peut-être ma conversation avec la servante Sitarè m’avait-elle rendu imperméable au dégoût, car je ne me récriai pas devant cette scène, pas plus que je n’esquissai un mouvement pour battre en retraite. J’y assistai d’un regard aussi indifférent que celui des chameaux, lesquels se contentaient de traîner des pieds et d’émettre de vagues borborygmes en mastiquant consciencieusement. Les deux hommes étaient nus, l’étranger était à quatre pattes sur la paille tandis que notre esclave, voûté derrière son fondement, lançait de grands coups de reins en ahanant tel un chameau en rut. Les deux obscènes sodomites tournèrent la tête vers moi lorsque je fis mon entrée, mais se contentèrent de me sourire béatement tout en poursuivant leur dépravation dans la plus totale indécence.
Le jeune homme avait un corps aussi agréable à regarder que son visage. Mais Narine, même habillé, était d’une apparence repoussante, comme je l’ai déjà expliqué. J’ajouterai simplement qu’une fois dénudés, sa poitrine adipeuse, ses fesses boutonneuses et ses membres grêles avaient de quoi faire rendre à tout spectateur son dernier repas. J’étais abasourdi qu’une créature aussi répugnante eût pu en convaincre une autre qui l’était aussi peu à jouer à « celui qui fait » (al-fa’il) et « celui qui se laisse faire » (al-mafa’ul).
Si l’instrument al-fa’il de Narine, alors étroitement inséré à l’endroit où il se trouvait, m’était invisible, celui du jeune homme, en revanche bien dégagé sous son ventre, arborait son aspect de candelòto bien rigide. Je ne manquai pas de trouver cela curieux, personne, pas plus lui que Narine, n’étant alors en train de le lui manipuler. Et je fus encore plus surpris lorsque lui et Narine se mirent à grogner et se convulser de concert, de voir le candelòto en question (toujours sans qu’il ait été ni stimulé ni manié) éjaculer une giclée de sperme sur la paille qui couvrait le sol.
Après que, pantois d’extase, tous deux fussent restés un instant immobiles, Narine souleva sa corpulence luisante de sueur du dos du jeune homme. Sans chercher à se rincer avec l’eau de l’abreuvoir du chameau, sans même essuyer avec un peu de paille son tout petit organe, il commença à renfiler ses vêtements en fredonnant un petit air guilleret. Le jeune homme, plus indolent, finit lui aussi par se rhabiller lentement, comme s’il prenait franchement plaisir à exhiber son corps nu en dépit de si disgracieuses circonstances.
M’appuyant sur la cloison d’une stalle, je m’adressai à l’esclave comme si nous étions en train de converser de la façon la plus naturelle et enjouée :
— Tu sais quoi, Narine ? Les vauriens et les polissons sont légion, dans les chants comme dans les histoires. Je pense à des personnages tels qu’Encolpios ou Renart le goupil, par exemple. Ils mènent une joyeuse existence de vagabonds, grâce à leur esprit plein d’astuce, sans jamais se rendre coupables du moindre crime ni commettre le moindre péché. Leurs frasques se limitent à des fredaines ou de simples plaisanteries. Ils ne volent jamais que des brigands, leurs exploits galants ne sont jamais sordides, ils boivent et font la fête en sachant rester dignes et sans verser dans une ébriété débridée. Lorsqu’ils jouent de l’épée, cela ne va jamais plus loin qu’une petite blessure superficielle. Ils ont une grâce irrésistible, les yeux pétillants et le rire facile, même lorsqu’ils montent sur l’échafaud, puisqu’ils ne finissent jamais pendus. Quelle que soit l’aventure qu’ils vivent, ces chenapans de grands chemins sont toujours pleins de charme et de panache, aussi malins que drôles. À écouter ce genre d’histoire, on n’a qu’une envie, celle de rencontrer en personne l’un de ces fiers, braves et estimables vauriens.
— Et grâce à moi, vous l’avez fait, enchaîna Narine.
Faisant cligner ses yeux porcins, il sourit à pleines dents, dévoilant ainsi ses chicots jaunâtres, et prit une pose qu’il jugeait sans doute avantageuse.
— C’est cela, en effet, poursuivis-je. Le problème, c’est que tu n’as strictement rien ni d’estimable ni d’admirable. Et si tu incarnes le sacripant typique, alors c’est que ces histoires sont de fichues balivernes et que le chenapan n’est qu’un infâme cochon. Presque aussi immonde de corps que d’esprit, tu es un personnage repoussant, d’apparence répugnante, et tes inclinations barbotent au niveau écœurant du cloaque. Tu méritais intégralement, en fait, l’huile bouillante de laquelle je t’ai sauvé dans un coupable accès d’indulgence.
Le bel étranger éclata d’un rire grossier à cette tirade. Narine renifla, se contentant de murmurer :
— Tout de même, maître Marco, en tant que dévot musulman, permettez-moi de m’offusquer d’être comparé à un porc...
— J’aimerais que tu regimbes autant à t’accoupler avec une truie, ajoutai-je, impavide. Mais de cela, je doute.
— Je vous en prie, jeune maître. Je voue le respect le plus scrupuleux au Ramadan qui interdit les relations entre un homme et une femme musulmans. J’admets bien volontiers que, même les mois où c’est permis, j’ai un peu de mal à attirer les femmes depuis que mon joli visage a été défiguré par la mésaventure survenue à mon nez.
— N’exagérons rien, le rassurai-je, un brin sarcastique. Il y a toujours une femme désespérée, prête à tout. J’en ai connu une d’origine slave qui se donnait à un homme noir, et une autre, Arabe, qui s’accouplait avec un singe véritable.
— J’espère que vous ne me supposez pas capable de m’abaisser à prendre une femme aussi laide que moi ! se récria-t-il avec hauteur. En revanche, Jafar ici présent est aussi avenant que la plus jolie d’entre elles.
Je me contentai de grogner :
— Dis à ton attrayant petit salaud de se dépêcher de renfiler ses nippes et de déguerpir d’ici, ou je le donne à manger aux chameaux.
L’attrayant petit salaud me jeta un regard furieux, puis couvrit Narine d’un œil implorant, et celui-ci se paya le culot de l’impertinente proposition qui suivit :
— Vous ne voudriez pas l’essayer à votre tour, maître Marco ? Ce serait bien le genre d’expérience à vous élargir l’esprit.
— Je vais, moi, élargir ton nez à une seule narine ! lançai-je d’une voix hargneuse, sortant la dague enfilée dans ma ceinture. Je vais te l’éclater et l’étaler sur ton horrible face ! Comment oses-tu t’adresser de la sorte à un maître ? Mais pour qui me prends-tu ?
— Pour un jeune homme qui a encore beaucoup à apprendre, répondit-il sans se démonter. Vous êtes un voyageur, à présent, maître Marco, et avant que vous ne rentriez dans votre ville natale vous aurez traversé bon nombre de contrées, vu bien des choses et emmagasiné quantité d’expériences. Une fois revenu chez vous, vous pourrez à bon droit mépriser ceux qui parlent de hautes montagnes et de profonds marécages sans en avoir jamais gravi une ni sondé un seul, le genre d’homme à ne jamais s’être aventuré au-delà de ses rues étroites, de sa routine banale, de ses passe-temps mesquins et de sa petite vie étriquée.
— C’est bien possible. Mais quel rapport avec ta petite putain assoiffée de stupre ?
— Il existe d’autres voyages susceptibles de mener l’homme au-delà de son ordinaire, maître Marco, et qui ne se mesurent pas en distance parcourue mais plutôt en capacité de compréhension. Voyez le cas qui nous occupe ici. Vous venez d’insulter ce jeune homme en le traitant de putain, alors qu’il n’est rien d’autre que ce qu’on l’a éduqué à être et qu’il a été dressé et modelé pour le seul usage qu’on attendait de lui.
— Oui, un sodomite, en bref. Pour les chrétiens, c’est un péché grave, et l’on abhorre autant cette pratique que ceux qui s’y adonnent.
— Je vous demande, maître Marco, de bien vouloir m’accompagner ne serait-ce que durant quelques mètres sur la route du destin de ce jeune homme.
Et avant que j’aie eu le temps d’émettre la moindre objection, il se tourna vers ce dernier et lui dit :
— Jafar, raconte à l’étranger comment tu as été élevé.
Tenant toujours son vêtement du bas à la main et me lançant un regard mal assuré, Jafar commença :
— Oh, jeune Mirza, étincelant reflet de la lumière d’Allah...
— Laisse tomber tout ça, coupa Narine. Explique-lui juste comment on a préparé ton corps au commerce sexuel.
— Oh, Bénédiction du monde, reprit Jafar. Depuis aussi loin que je puisse me souvenir, je ne me suis jamais endormi sans qu’on ait introduit au préalable dans mon fondement un golulè, un objet en céramique kashi en forme de cône effilé. Dès que ma toilette du soir était achevée, on m’enfonçait le golulè, soigneusement graissé d’une substance conçue pour stimuler le développement de mon badàm. De temps à autre, ma mère ou ma nurse le poussait un peu plus encore, et quand je fus en mesure de l’accueillir tout entier, on lui en substitua un autre, plus volumineux. De cette façon, mon ouverture postérieure devint plus ample, sans pour cela affecter le muscle de contraction qui l’entoure.
— Merci de cette belle histoire, répondis-je de mon ton le plus froid et, me tournant vers Narine, j’ajoutai : Qu’il soit né ainsi ou qu’il le soit devenu, un sodomite n’en demeure pas moins une abomination.
— Attendez, car l’histoire n’est pas terminée, précisa Narine. Poursuivez encore un peu plus avant le voyage.
— Lorsque j’eus entre cinq et six ans, continua Jafar, je fus libéré du port du golulè, et, pour le remplacer, mon frère aîné fut autorisé à me pénétrer dès qu’il en avait envie ou que son organe était en érection.
— Adrio de vu ! m’exclamai-je, tandis qu’en moi la compassion l’emportait sur la répulsion. Quelle terrible enfance !
— Elle aurait pu être bien pire, développa Narine. Dès qu’un bandit ou un chasseur d’esclaves capture un enfant et que ce dernier n’a pas été ainsi longuement préparé, son ravisseur l’empale violemment sur un piquet de tente afin de l’habituer à l’usage qu’on fera de lui. Mais cela ne manque pas d’endommager durablement le muscle de contraction qui entoure l’anus, de sorte que le jeune garçon ne peut plus se retenir et devient incontinent de ses excréments. De la même façon, il n’est désormais plus en mesure de jouer de ce muscle pour accroître le plaisir pendant l’acte. Continue, Jafar.
— Quand je fus rôdé aux pratiques auxquelles mon aîné s’adonnait sur moi, ce fut au tour de mon frère plus âgé, mieux membré, de présider à mon développement ultérieur. Et dès que mon badàm fut suffisamment habitué à l’acte pour que je commence à y trouver du plaisir, mon propre père, alors...
— Adrio de vu ! me récriai-je de nouveau, tandis que, je le concède, ma curiosité avait dès lors pris le pas sur ma compassion et ma répulsion. Mais qu’entends-tu par le badàm ? Je ne comprends pas bien ce détail, vu que le mot badàm signifie « amande ».
— Comment, vous ne le saviez pas ? s’étonna Narine. Pourtant, vous en avez une vous-même, comme tous les hommes. Nous l’appelons « l’amande » parce qu’elle s’en rapproche par la forme et la taille, mais les médecins la surnomment également parfois le « troisième testicule ». Elle est située derrière les deux autres, non pas dans le scrotum, mais cachée un peu plus loin dans l’entrejambe. Un doigt ou, euh... tout autre objet inséré assez profond dans votre anus frotte contre cette amande et la stimule, procurant à son propriétaire un véritable plaisir sexuel.
— Vraiment ! fis-je, éclairé sur ce point. C’est ce qui explique qu’à l’instant, sans avoir été stimulé en aucune façon, Jafar ait éjaculé.
— Oui, et d’ailleurs nous appelons ce jaillissement le « lait d’amande », compléta Narine d’un ton très didactique. Les femmes, lorsqu’elles sont douées de suffisamment de talent et d’expérience, connaissent l’existence de ce gland invisible du mâle. D’une façon ou d’une autre, elles font en sorte, durant l’accouplement, de le stimuler, afin d’accroître d’autant son plaisir au moment de l’expulsion du lait d’amande, jusqu’à provoquer un véritable instant de béatitude.
Je remuai la tête d’un air songeur et concédai :
— Tu as raison, Narine. Un homme a beaucoup à apprendre lorsqu’il voyage. (Je rangeai ma dague dans son étui.) Pour cette fois, en tout cas, je consentirai à te pardonner la façon effrontée dont tu m’as parlé.
Il répliqua avec suffisance :
— Un bon esclave fait passer l’utilité avant l’humilité. Et maintenant, maître Marco, peut-être aimeriez-vous introduire votre seconde dague dans un autre fourreau ? Veuillez observer la splendide gaine de notre ami Jafar...
— Scagaròn ! lançai-je d’un ton cinglant. Je veux bien tolérer ce genre de pratique chez les autres tant que je suis dans ces régions, mais en aucun cas les partager. Même si la sodomie n’était pas un vil péché, je préférerais cependant l’amour des femmes.
— L’amour, maître ? reprit en écho Narine, tandis que Jafar repartait de son ricanement grossier et qu’un des chameaux éructait bruyamment. Mais personne n’a parlé d’amour ! L’amour entre deux hommes est un sentiment entièrement différent, et je pense que nous seuls, les guerriers musulmans au cœur chaud, savons ce qu’il en est de cette émotion sublime entre toutes. Je doute que les chrétiens, qui ont le sang froid et le prêche paisible, soient capables de ressentir un tel amour. Non, mon maître. Je n’évoquais là que la prise d’un plaisir qui s’apparente au soulagement, à la satiété, à la simple satisfaction des sens. Et pour ce genre de chose, entre nous, qu’importe le sexe du partenaire ?
Je piaffai tel un chameau sourcilleux.
— Facile à dire pour toi, l’esclave, puisque tu ne vois même pas la différence entre un être humain et un animal. Pour ma part, je suis bien aise de te confirmer qu’aussi longtemps qu’il y aura des femmes en ce bas monde, je n’aurai aucune attirance sexuelle envers les hommes. Je suis un homme moi-même et je connais assez bien mon propre corps pour ressentir le moindre intérêt pour celui de mes congénères. Pour ce qui est des femmes, en revanche... Ah, les femmes ! Magnifiquement différentes de moi, elles ont aussi entre elles d’exquises différences... Jamais je ne saurai les estimer à leur juste valeur !
— Les estimer, maître ? Il sembla amusé.
— Mais oui ! (Je marquai une pause.) J’ai déjà tué un homme, Narine, mais jamais je ne me permettrai d’occire une femme, ajoutai-je d’un ton solennel.
— Vous êtes encore jeune...
— À présent, Jafar, veuillez finir de vous rhabiller, avant que mon père et mon oncle reviennent.
— Je viens de les voir à l’instant, maître Marco, indiqua Narine. Ils sont entrés dans la maison avec notre hôtesse Esther.
Je sortis donc de l’étable pour me trouver aussitôt pris de nouveau à partie par la jeune servante, Sitarè, qui m’attendait à la porte. Je me disposais à passer devant elle sans lui accorder un regard, mais elle m’attrapa par le bras en murmurant :
— Parle à voix basse, je t’en prie.
Je lui répliquai, à haute et intelligible voix :
— Je n’ai rien à vous dire du tout.
— Silence. La maîtresse de maison est à l’intérieur, en compagnie de ton père et de ton oncle. Alors, s’il te plaît, parle doucement, mais réponds-moi. Mon frère Aziz et moi avons discuté à ton sujet, et...
— D’abord, je ne suis pas un sujet ! rétorquai-je avec irritation. Et je n’ai pas particulièrement envie, figurez-vous, que l’on discute de moi.
— Oh, je t’en prie, tais-toi. Savais-tu qu’après-demain tombera l’Eidal-Fitr ?
— Non. Je ne sais même pas de quoi il s’agit.
— Demain soir, au coucher du soleil, le Ramadan prendra fin. C’est alors le début du mois de shawal, dont le premier jour est marqué par la fête de la Fin du Jeûne, ce qui signifie que nous autres, musulmans, sommes libérés de toute abstinence et de toute restriction. Demain soir, dès le soleil couché, nous pourrons, toi et moi, faire la zina en toute légalité.
— Excepté bien évidemment que tu es vierge, me permis-je de lui rappeler. Et que tu dois absolument le rester, par égard pour ton frère.
— C’est de cela qu’Aziz et moi avons débattu. Nous avons une petite faveur à te demander, Mirza Marco. Si tu y accèdes, je consentirai, avec l’accord de mon frère, à pratiquer la zina avec toi. Bien sûr, il peut participer, si tu le désires. J’objectai avec méfiance :
— Ton offre me semble être une bien considérable récompense pour l’obtention d’une toute petite faveur... Et ton frère me semble bien fraternel, soudain. Il faut que je rencontre sans délai ton maquereau, ce rustre aux irrésistibles minauderies !
— Tu l’as déjà rencontré. Il travaille comme garçon de cuisine, a des cheveux auburn comme les miens, et...
— Je ne m’en souviens pas.
Mais je pouvais facilement me le représenter : un jumeau de Jafar, le beau compagnon d’étable de Narine, un malabar aux muscles saillants avec l’orifice d’une femme, les capacités intellectuelles d’un chameau et le sens moral d’une fouine.
— Quand je te parle d’une petite faveur, poursuivit Sitarè, je veux dire qu’elle sera telle pour moi et Aziz. Pour toi, elle sera bien plus grande, car tu en profiteras vraiment. J’entends par là que tu gagneras de l’argent grâce à elle.
Voilà que s’offrait à moi une splendide jeune femme aux cheveux noisette, qui mettait dans la balance sa virginité et y ajoutait un bénéfice financier, plus, si je le souhaitais, son frère réputé encore plus beau qu’elle. Cela ne manqua pas de me remettre en mémoire le fameux avertissement quant à « la beauté assoiffée de sang », et j’en conçus une méfiance immédiate qui m’incita à rester sur mes gardes. Pas au point, cependant, de refuser platement l’offre sans en avoir entendu davantage.
— Dis-m’en un peu plus, lâchai-je simplement.
— Pas maintenant : ton oncle arrive. Chut !
— Tiens donc, voyez comme ça se trouve ! tonna mon oncle en avançant à notre rencontre, venu de l’intérieur plus sombre de la maison. Déjà en train de chercher la fiame, pas vrai ?
Et sa barbe noire s’éclaira d’un large sourire éclatant, tandis qu’il nous bousculait de l’épaule et franchissait la porte en direction de l’étable.
Cette réflexion était un jeu de mots sur le terme fiame, car, à Venise, outre qu’il désigne les flammes, le mot peut également qualifier les filles rousses et les maîtresses secrètes. J’en déduisis que mon oncle nous taquinait sur ce qu’il prenait pour un début d’idylle.
Dès qu’il fut hors de portée d’oreille, Sitarè souffla :
— Demain. Devant la porte de la cuisine, là où je t’ai fait entrer la première fois. À la même heure.
Et à son tour, elle s’éclipsa sur ces mots, quelque part vers l’arrière de la maison.
Je m’avançai dans le couloir de devant, vers l’endroit d’où j’avais entendu parler mon père et la veuve Esther. Lorsque j’entrai, il était en train de dire, d’une voix à la fois sérieuse et contenue :
— Je sais bien que c’est de bon cœur que vous nous l’avez proposé. J’aurais juste préféré que vous en référiez d’abord à moi, et à moi seul.
— Jamais je ne m’en serais doutée, répondit-elle à son tour d’une voix assourdie. Mais si, comme vous me l’affirmez, il a noblement décidé de s’acheter une conduite, vous pensez bien que je ne voudrais en aucun cas être la cause d’une rechute...
— Non, non, assura mon père. Personne ne songera à vous en blâmer, même si cette noble intention devait engendrer de funestes résultats. Nous en discuterons ensemble ouvertement, je lui demanderai si cela risque de constituer pour lui une tentation vraiment irrésistible, et nous prendrons notre décision en fonction de cela.
C’est alors qu’ils s’aperçurent de ma présence et abandonnèrent brutalement le sujet apparemment privé dont ils débattaient précédemment. Mon père déclara :
— Finalement, ce n’est pas plus mal que nous ayons eu à nous arrêter quelques jours. Il y a plusieurs articles dont nous aurions besoin et qui, en cette période de jeûne sacré, ne sont pas encore disponibles au bazar local. Lorsqu’il sera achevé, dès demain, on pourra à nouveau se les procurer. D’ici là, notre chameau blessé sera rétabli, et nous pourrons envisager de partir dès le lendemain. Nous ne saurons jamais vous remercier à la mesure de votre hospitalité durant notre séjour chez vous.
— Ce qui me rappelle, dit-elle, que j’ai presque achevé votre repas du soir. Je vous le servirai dès qu’il sera prêt.
Mon père et moi gagnâmes le grenier à foin où nous trouvâmes oncle Matteo scrutant les pages de notre Kitab. Il en releva les yeux et annonça :
— Notre prochaine destination, Mechhed, ne sera pas une partie de plaisir à atteindre. Un désert tout du long, à franchir dans sa plus grande largeur. Nous allons être asséchés et ratatinés comme des morues !
Il laissa tomber le sujet pour se gratter vigoureusement l’intérieur du coude gauche.
— Une saloperie de bestiole m’a piqué par là, ça me démange.
— La veuve m’a dit que cette ville était infestée de scorpions, fis-je remarquer. Tu as peut-être été mordu ?
Mon oncle me lança un regard dédaigneux.
— Si jamais tu es un jour piqué par le dard de l’un d’eux, asenazzo, tu sauras qu’un scorpion ne mord pas. Non, il s’agissait d’une minuscule mouche, parfaitement triangulaire. Si petite, d’ailleurs, que j’ai du mal à croire qu’elle puisse me provoquer pareille démangeaison.
La veuve Esther arpenta plusieurs fois la cour pour nous apporter les plats du repas, que nous mangeâmes penchés ensemble sur le Kitab. Narine dînait à part, avec les chameaux, mais faisait presque autant de bruit qu’eux. Je tâchai de ne pas me laisser distraire par sa peu discrète mastication pour me concentrer sur les cartes.
— Tu as raison, Matteo, déclara mon père. Nous allons devoir traverser la plus grande partie du désert. Dieu nous garde et nous mène à bon port. La route ne sera pas difficile à suivre pour autant. Mechhed se trouve à peine au nord-est d’ici. En cette saison, il nous suffira de partir chaque matin au soleil levant.
— Et vous pouvez compter sur moi, ajoutai-je, pour vérifier régulièrement notre avance au kamàl.
— Je constate avec surprise, releva alors mon père, qu’Al-Idrîsî n’indique aucun puits, pas la moindre oasis ni un seul caravansérail dans ce désert. Pourtant, il doit bien y en avoir. C’est une route de commerce, après tout. Mechhed, comme Bagdad, est une étape clé sur la route de la soie.
— La ville est aussi grande que Kachan, me précisa la veuve. Et, grâce à Dieu, elle est située dans la fraîcheur des montagnes.
— Au-delà, en revanche, poursuivit mon père, nous atteindrons des zones vraiment froides. Nous serons sans doute tenus d’hiverner là-haut, quelque part. Mais bon, nous ne pouvons tout de même pas espérer parcourir le monde en ayant toujours le vent dans le dos.
— De plus, nous ne nous retrouverons en terrain connu, Nico, que lorsque nous aurons rallié Kachgar, à l’intérieur de Kithai elle-même.
— Loin des yeux, Matteo, loin du cœur. À chaque jour suffit sa peine, tu connais tout cela... Pour l’instant, point n’est besoin de nous torturer par avance sur ce qui pourra survenir au-delà de Mechhed.